gaby et les garçons

Gaby et les garçons, d'apres le texte magnifique de adrien cornaggia  aux editions theatrales jeunesse.


Télécharger
Dossier du spectacle "Gaby et les garçons" sept 18
Copie de Gaby et les garçons - Cie Zaï -
Document Adobe Acrobat 1.4 MB

lectures



Synopsis : Gaby a deux copains formidables, quoique très différents, avec qui elle passe de délicieuses journées d’été. Son cœur est un peu plus gros pour l’un d’eux. Elle rêve souvent en chanson et veille à l’amitié qui la lie aux garçons. Le premier, c’est Clovis, un irascible, un loquace. Il n’aime pas du tout qu’on tourne en dérision son prestigieux prénom et embête très régulièrement le deuxième garçon, Cédric. Cédric aime faire des records. Lui, il ne bavarde pas beaucoup parce qu’il a souvent la bouche dans l’eau. D’aucuns le disent champion de ci ou de ça. Cet été, il est justement sur le point d’établir un record mémorable. 

 

Au départ de l’écriture, il y a un souvenir. Ma mère et moi sommes dans la cuisine familiale. Elle me parle sans s’arrêter, alors que je mets le couvert, de ce que notre condition parfois peut être cruelle quand elle se rappelle à nous de la manière la plus inopinée. Je lui demande pourquoi elle dit ça, je sais qu’elle attend que je m’y intéresse, à sa nouvelle qui lui ride le front et lui grise les yeux. Ton petit camarade de Primaire, tu sais Cédric G. ?, se lance-t-elle, il s’est noyé dans la piscine de Gardonne. Ça s’est passé au milieu de l’été, celui dont il nous reste à présent une vague impression de chaleur jusque dans cette cuisine où cuit un rôti de porc dans le fait-tout, avec les oignons qui font pleurer ma mère. C’est évident que ce sont les oignons. Comment pourrait-on pleurer de la disparition d’un camarade d’école que nous n’avons pas vu depuis presque vingt ans ? Ce « petit camarade », comme elle dit, dont je ne sais plus rien depuis presque vingt ans. Moi-même, je ne réagis guère et me moque tendrement de ma mère qui sèche ses larmes de crocodiles avec un coin du torchon à vaisselle. 

La nouvelle du drame fait néanmoins son trou pour y dormir. Déguisée sous le bavardage du quotidien, elle se tait pendant un moment. Elle surgit donc quand je crois l’avoir oubliée. À partir de ce moment, l’histoire se précise : un arrêt cardiaque pendant qu’il nageait dans l’eau claire de la piscine découverte aurait eu raison de lui. On n’aurait pas réussi à le ranimer, il serait mort sur le coup, les yeux versés vers le fond du bassin, là où les ombres des nageurs se tordent, plates et percées de soleil. Puis je me demande : comment aurais-je réagi moi à cette nouvelle dramatique si je l’avais apprise plus jeune, aussi jeune que lorsque nous nous sommes connus, Cédric et moi ? Et je me rappelle nos jeux, la campagne de nos aventures et le nombre des amis de la Primaire : Thomas, Cyril, Julien le gringalet hyperactif (voir Clovis), Marlène qui me faisait chauffer les joues (voir Gaby), Élodie qui me poursuivait dans la cour pour me faire des bisous. Et Cédric, le grand costaud tendre comme un agneau. L’imagier soudain s’étoffe, le passé se remplume. 

Ainsi, naturellement, alors que d’abord je m’y opposais, je commence à écrire. L’enfance est tout de suite la prérogative thématique générale : elle est à la fois le cadre et le thème de ma peinture. Je me donne aussi pour consigne d’écrire pour le jeune public, je veux que lui aussi, comme les adultes, y entende quelque chose. D’après ce que je me rappelle, l’enfance est l’endroit d’un réalisme magique, en ce sens que l’on passe sans s’émouvoir du réel à la fantasmagorie, d’un fait brut à son détournement, d’une couleur unique au pointillisme de ses déclinaisons. D’un mot se déplie toute une histoire comme le relief d’une page d’un livre animé. L’échappée dans l’imaginaire devient tout bonnement une seconde langue pour expliquer des choses trop profondes pour être sondées entièrement. Fantasmer la réalité du monde, la conquérir par l’onirisme et le jeu, se réapproprier le malheur soudain par le truchement d’esprits rêveurs sont les moteurs de la vie de mes personnages. Il faut que ce soit ludique sans être ridicule, je me dis, sérieux sans être pleurnichard, réaliste et magique à la fois. 

Il faut donc que la tristesse que provoque le décès du petit camarade soit palpable mais qu’elle ne corrompe pas le fondement même de l’histoire : voilà pourquoi la mort de Cédric n’advient pas dès la première scène, elle est un élément qui perturbe une histoire plus vaste, elle n’est pas l’histoire elle-même. Ça serait trop simple, et trop réducteur. L’amitié qui lie ces trois enfants, leurs merveilles d’inventions capables de transmuer le monde, leur langage pris à la lisière de l’enfance et de la préadolescence, le retour en Imagination, voilà ce qui, actuellement, motive mon écriture. 

 

Adrien Cornaggia

 

projet de compagnie

Venant plutôt d’un univers théâtral corporel et visuel, nous avons été touchés qu’Adrien Cornaggia nous fasse lire ce texte après avoir aimé notre premier spectacle sans paroles Victor l’enfant sauvage. Avec la même équipe, l’envie est revenue de nous réunir à nouveau autour d’une écriture visuelle sonore et théâtrale. 

 

Adrien Cornaggia est invité régulièrement à lire son texte auprès des publics enfants et professionnels du théâtre et notamment jeune public. (La chartreuse à Villeneuve lez Avignon, collectif Traverse, ASSITEJ rencontre des auteurs du 1er juin...) 

Il a également pu essayer ce texte pendant plusieurs semaines en loire atlantique aupres d’enfants de cm1 et cm2 autour d’ateliers d’écriture et de jeu.

Ce texte tout récemment édité aux éditions théâtrales jeunesse  a bénéficié d’une bourse d’encouragement du centre national du livre. A l’heure d’aujourd’hui le théâtre Blanche de Castille de Poissy et le théâtre du Roublot soutiennent le projet. La toute première période de création se fera à Poissy début octobre à l’issue de laquelle une lecture sera donnée le 5 octobre 2018 à 20h30. 

 

D’autres demandes ont été faites dans différents théâtres ayant appuyé ou programmé des spectacles de la compagnie, notamment le théâtre de Roublot qui propose une  mise à disposition de l’espace (discussion et modalités en cours) ainsi que d’autres théâtres et appels à projets/résidences. (Théatres, réseaux jeunes publics... Réponses  en attente)

 

Cette adaptation au théâtre de ce texte sera une nouvelle création pour notre compagnie, encore une fois une création jeune public / tout public et la première mise en scène de ce texte magnifique qui doit absolument arriver aux yeux, aux oreilles et au coeur d’un grand nombre de pré-adolescents ainsi que leurs parents; il nous parle du pouvoir magique de l’imagination par-dessus les expériences de la réalité.

 

La compagnie a créé plusieurs spectacles, un spectacle visuel et sonore en théâtres d’ombres, puis un duo de clown et deux créations en ombres et en marionnettes avec les détenus de la maison d’arrêt de Nanterre. Désormais la compagnie souhaite s’atteler à une  oeuvre où le texte est au centre. Mais la marque de fabrique très visuelle, corporelle et sonore sera toujours au coeur de notre travail.

 

--------------------

 

Gaby est une fille dont nous aurions aimé être le meilleur ami à 10-11 ans. C’est l’âge pendant lequel l’amitié fille-garçon  est selon moi la meilleure période, avant que les codes de société en lien avec le genre nous en éloignent, l’amitié garçon-fille est alors plus compliquée, les rôles pour chacun se définissent souvent en vertu de conventions, différentes selon les époques et les pays.

Avant, il y a cette merveilleuse complicité que l’enfance permet jusqu’à la pré-adolescence, fille ou garçon, peut importe, qu’ils s’aiment ou se détestent, ils se le disent, et le jeu les rapproche. Est-ce de l’amour déjà? Peut-importe.

L’imaginaire est forcément inspiré des références de la vie adulte, mais il est un prétexte pour rêver à plusieurs et vivre des émotions fortes. Cette pièce donne aux spectateurs (tout public à partir de dix ans), l’occasion rare de revivre cette période de notre enfance.

 

Gaby, Clovis et Cédric sont les enfants que nous avons tous été à un moment donné. En s’approchant de la vie adulte, ils se confrontent un peu plus à la prise de conscience de leurs émotions, de leurs passions et de leurs peurs, ils frôlent toujours le danger, mais cette fois les adultes ne sont pas toujours là pour les surveiller. Entre l’insouciance de leur enfance et l’analyse de ce qu’ils veulent et de ce qu’ils ont le pouvoir de décider. Pour se projeter, et s’identifier, ce sont les adultes qui les inspirent,  ils   s’imaginent à travers eux, qu’ils observent autant sur les écrans, que chez eux et dans leurs familles, chaque modèle est différent.

A quel adulte idéal, et à laquelle de ces aventures, avons-nous envie de nous identifier, jusqu’à ce qu’un nouveau modèle vienne nous séduire?

Gaby rêve de voyage, de thriller, de love story, de cinéma, de chanson d’amour en anglais, Clovis rêve de Gaby et d’avoir tout l’amour de Gaby rien que pour lui, il en veut et se compare à Cédric, ce beau gosse qui ne rate pas une occasion débile pour se faire mousser. Cédric est ailleurs, il rêve de record, de notoriété, on l’admire mais il part trop loin. Tous les trois sont tantôt rêvés tantôt réels, nous sommes dans la tête de Gaby, la réalité de leur amitié et de cet accident, sont filtrés par l’imaginaire positif d’une héroïne d’environ 10 ans. L’émotion de ces sensations nous revient en tant que spectateur aussi vite qu’une odeur de notre passé. 

 

Arnaud Préchac